Des crânes, des chiffons, des boîtes et des tableaux.

Je peins des crânes. En fait, je peins toujours le même crâne, encore et encore. Ce crâne à la mâchoire disloquée, découvert au hasard en feuilletant un livre d’histoire de l’art à Marseille, est l’oeuvre de Jan Gossaert, peintre flamand du XVIième siècle. Ce crâne est depuis le leitmotiv autour duquel s’articule mes recherches plastiques: qu’il soit présent ou absent de mes œuvres, il est toujours l’élément structurant de celles-ci.

Pour moi, le crâne est un double du miroir: que l’on regarde un crâne ou un miroir, on a toujours l’impression de voir à la fois son propre reflet et celui d’un autre. Néanmoins, le crâne ne laisse jamais place au doute: on sait qu’il ne s’agit pas de nous.

Pourquoi peindre des cranes alors? Parce que le crâne est un motif surconnoté, saturé de sens et qu’à notre époque on le retrouve partout. En le démultipliant dans mes oeuvres, j’essaie de lui faire perdre son sens. Le crâne devient alors un prétexte pour peindre. Néanmoins, même si je peins des crânes encore et toujours, la mort ne m'intéresse pas. S'il y a quelque chose qui m'intéresse de la mort, c'est le rapport improbable que nous entretenons avec celle-ci. Pour les mêmes raisons, je ne m'intéresse pas à la vanité, mais aux mécanismes sur lesquels ce genre pictural repose. Lorsque je peins ce crâne, j'essaie de le disloquer encore et encore.

Je cherche donc à fuir le sens. Cette fuite semble restée toujours vaine, une tentative vouée à l'échec. Pourtant, ce n'est pas tant sa réussite qui m'importe que l'idée de tentative en elle-même, peu importe son issue.

Mon travail est en soi une tentative de sauvetage de son propre auto-sabotage. Il est en lui-même une contradiction, une impasse. En fait, on pourrait parler d'un moment improbable.

Au final, une seule question m'intéresse: What remains?

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