J'aime peindre, donc je peins.

Je peins des crânes. En fait, depuis 2005, je peins toujours le même crâne, encore et encore, ad nauseam.

Cette entreprise a commencé par une rencontre fortuite: une longue matinée à la bibliothèque de l’École des beaux-arts de Marseille, un livre de Daniel Arasse, la reproduction d’un tableau flamand du XVIe siècle, un crâne à la mâchoire déboîtée, puis une forte intuition, celle d’avoir trouvé un leitmotiv, un prétexte pour peindre. Depuis plus de quinze ans donc, je peins toujours ce même crâne dont la dislocation de la mâchoire est devenue le pivot de ma pratique artistique. Multipliant références et citations à l’Histoire de l’art, des peintres du Moyen-Âge en passant par l’art minimaliste et les peintres du dimanche, mon travail se développe ainsi selon une logique post-Pop Art axée sur la répétition d’un seul et même motif.

Pour moi, le crâne est un double du miroir: que l’on regarde un crâne ou un miroir, on a toujours l’impression de voir à la fois son propre reflet et celui d’un autre. Néanmoins, le crâne ne laisse jamais place au doute: on sait qu’il ne s’agit pas de nous.

Pourquoi peindre des crânes alors? Parce que le crâne est un motif surconnoté, saturé de sens et qu’à notre époque on le retrouve partout. En le démultipliant dans mes œuvres, j’essaie de lui faire perdre son sens. Le crâne devient alors un prétexte pour peindre. Néanmoins, même si je peins des crânes encore et toujours, la mort ne m'intéresse pas. S'il y a quelque chose qui m'intéresse de la mort, c'est le rapport improbable que nous entretenons avec celle-ci. Pour les mêmes raisons, je ne m'intéresse pas à la vanité, mais aux mécanismes sur lesquels ce genre pictural repose. Lorsque je peins ce crâne, j'essaie de le disloquer encore et encore.

Multiforme et pluridisciplinaire, ma pratique dépasse cependant le cadre de la peinture et s’incarne de différentes façons: tableaux, installations, sculptures, vidéos, interventions, etc. Le contexte de production et de diffusion de mon travail influence grandement la réalisation de mes œuvres. Je développe ainsi un corpus d’œuvres qui interroge le statut des œuvres d’art tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’espace d’exposition et ce, en regard de l’histoire occidentale de l’image. J’envisage ma pratique comme une seule œuvre, un vaste tout, que je poursuis à travers chaque nouvelle pièce que je réalise.

En définitive, je cherche à fuir le sens. Cette fuite semble restée toujours vaine, une tentative vouée à l'échec. Pourtant, ce n'est pas tant sa réussite qui m'importe que l'idée de tentative en elle-même, peu importe son issue.

Mon travail est en soi une tentative de sauvetage de son propre auto-sabotage. Il est en lui-même une contradiction, une impasse. En fait, on pourrait parler d'un moment improbable.

Au final, une seule question m'intéresse: What remains?

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